Le rapport tant attendu n’était même pas encore sorti, que les partis politiques québécois se lançaient dans une course effrénée à la capitalisation politique. Ainsi, les libéraux font voter une motion pour ne pas décrocher le crucifix du Salon bleu de l’assemblée nationale, le Parti Québecois est satisfait (pour ménager la chèvre) mais déçu (pour ménager le choux), et l’ADQ qui a allumé le feu début 2007, et qui a regardé les flammes pendant toute la durée de la commission sans intervenir sous prétexte de ne pas politiser le débat, « fait du milage » maintenant sur la notion d’interculturalisme pour mousser son option autonomiste et exige des recettes. C’est verser dans le populisme, que de laisser croire qu’il est possible d’inventer des recettes d’accommodements qu’il suffit d’enseigner aux gestionnaires publiques pour résoudre tous les problèmes. C’est aussi faire insulte à l’intelligence des ces gestionnaires, qui ont développé un savoir-faire et un savoir-être qui permmettent aux différentes institutions au prise avec la diversité culturelle, de fonctionner.
J’aurais tant voulu, devant l’importance de l’enjeu, que les dirigeants politiques laissent pour un instant leur partisannerie de côté pour écouter vraiment ce que Bouchard et Taylor avaient à dire. Mais que voulez-vous, on est prêt à vendre son âme pour une poignée de votes.
Pour ma part, j’ai écouté et voici ce que j’ai entendu:
[...] les fondements de la vie collective au Québec ne se trouvent pas dans une situation critique. Si on peut parler d’une « crise des accommodements », c’est donc essentiellement sur le plan des perceptions.
Je ne pense pas que ces deux affirmations réduisent l’importance de l’enjeu, mais le recadrent dans une perspective plus juste et à portée opératoire plus grande. En d’autres termes, ce n’est pas, parce que le problème en est un de perception qu’il n’est pas important; mais sachant que c’est un problème de perception, nos possibilités et choix d’action sont plus adaptés. Cela dit, on le sait tous, la réalité n’existe pas, seules les perceptions de la réalité existent. Ce que Bouchard et Taylor font ici, c’est troquer une perception pour une autre plus pertinente pour le projet.
On apprend aussi (ce qu’on savait déjà), que:
Au mois de janvier 2007, le chef de l’ADQ diffusait une lettre ouverte dans laquelle il dénonçait l’« aplatventrisme » du leadership politique et le « vieux réflexe minoritaire » poussant les Québécois à « courber l’échine » et à « s’effacer collectivement ».
Voilà donc ce qui semble être à l’origine de ce problème de perception: une étincelle lancée par Mario Dumont qui provoque un premier feu à Hérouxville, feu tellement bien alimentée par un vent soutenu soufflé par les médias, qu’il allume plusieurs foyers ici et là. Ces feux n’auraient pas pu prendre aussi bien sans la fameuse crise identitaire qui est de tous les débats au Québec de toute façon. Et d’ailleurs, on remarquera que les récupérations politiques des conclusions des travaux de la Commission se font sur la seule base de cette crise identitaire.
N’oublions pas que le problème de perception dont il est question ici, est celui concernant la menace présumée sur « les fondements de la vie collective au Québec ». Je suis à ce sujet, en parfait accord avec les conclusions du rapport: les fondements de la vie collective au Québec, ne sont nullement menacés par les demandes d’accommodement.
Si cette menace est à l’origine de ce que les commissaires appellent « distortion » entre les faits observés dans certains cas et les perceptions, Il n’en reste pas moins qu’il y a « frottement culturel ». J’hésite à utiliser le mot « choc » parce qu’il comporte une notion de violence que je ne perçois pas au Québec. J’hésite aussi à utiliser le mot « friction » parce qu’il ne reflète que le côté négatif de la rencontre culturelle. Il faut donc qu’on apprenne à vivre dans un contexte où des cultures d’immigration se frottent à la culture dominante et dans une moindre mesure les unes aux autres. De ce frottement naîtront inévitablement des frictions mais tout aussi inévitablement, des caresses.
Enfin, je suis content de vivre dans un pays (oui un pays, et peu m’importe si administrativement parlant c’est une province) qui m’a ouvert ses portes, qui protège et garantit ma liberté de conscience et la liberté de conscience et de religion de mes concitoyens. Aussi, suis-je conscient de mon apport, et à ce titre, estime notre échange (ce pays et moi) juste, équilibré et harmonieux.




Khaled, à mon avis, la difficulté se situe au niveau d’une société civile sécularisée qui doit se départir des référentiels religieux, de quelque culture qu’ils soient ou proviennent.
Le seul «nous» que je trouve acceptable est celui de citoyens investis dans une même social-démocratie participative et fondée sur les droits négociés et renégociés ensemble.
Amen….
Je suis d’accord Pierre-Yves, les référentiels religieux ne devraient avoir aucune place dans la société civile. Je pense que le Québec a fait un travail admirable en un laps de temps très court pour se départir de ces référentiels. Il reste du travail à faire j’en conviens, notamment en matière d’éducation, mais le chemin parcouru est déjà énorme.
La démocratie (préférablement sociale) et la garantie des libertés individuelles notamment de conscience et de religion, sont, à défaut de mieux, le meilleur modèle que nous connaissons et qui garantisse une certaine harmonie sociale.
J’insiste, la démocratie ne vaut pas mieux qu’une dictature, si elle ne porte en elle la garantie des libertés individuelles. C’est en ce sens que la valeur « démocratique » de l’accession au pouvoir du FIS en Algérie et du Hamas dans les Territoires Occupés, est extrêmement faible.
D’accord Khaled, sauf que y’a aussi les libertés collectives; et c,est la différence entre la charte des droits du Québec et celle «Canadian». Dans celle du Québec y’a les droits d,association et les droits familiaux.
Quant au FIS et au Hamas, du moment qu’ils se réclament d’une sphère religieuse, ils ne valent pas meiux à mes yeux que les républicains américains , les chrétiens-démocrates européens, ou le Dalai-Lama.
Amitiés
Les libertés collectives sont tout aussi importantes pour donner un système socio-politique qui se tienne. Mon évocation des libertés individuelles n’était pas exclusive.
Quant aux religions, elles deviennent un problème dès lors que leurs adèptes prennent le pouvoir. Le séculaire (pragmatique) et le spirituel (dogmatique) ne semblent en effet pas faire bon ménage en général. Mais j’aurais tendance à exclure le Dalaï-Lama du lot, puisque le boudhisme thibétain semble être une des religions les moins dogmatiques et une des plus pacifiques dans le discours (comme toutes les autres) et dans les faits (contrairement à toutes les autres).